Quand on préfère être seule.s que mal accompagné.e.s


Édito

L’un des premiers papiers que nous avons lu sur les effets du coronavirus ne parlait pas du manque de moyens au sein du système hospitalier. Il expliquait comment le confinement allait créer une crise de la solitude sans précédent. Pour les personnes âgées, qui sont souvent livrées à elles-mêmes, mais aussi pour tous ceux et celles qui se sentent déjà seul.e.s au quotidien, qu’ils s’agissent d’adolescents, de jeunes adultes, de personnes luttant avec des problèmes de santé mentale, ou tout simplement des gens qui subissent le racisme, ou ont une situation de vie précaire, personnes pauvres autant que migrants. Après plus d’un mois de confinement, seule, ou à deux, on avait envie de faire un point sur cette notion de solitude qui nous parle différemment. Cette période nous a appris qu’elle pouvait être la bienvenue, lorsqu’elle est choisie et vécue dans des conditions privilégiées.

Jennifer : J’aime me décrire comme une personne introvertie par choix, quand j’en ai envie, selon mon humeur, selon les périodes. Parfois (souvent), je n’ai pas envie de me retrouver dans une conversation qui ne m’intéresse qu’à moitié, avec des personnes qui me font à-peu-près le même effet. Pour moi, la solitude, à ne pas confondre avec l’isolement comme on le fait souvent, s’apparente à une forme d’indépendance qui fait qu’on n’a pas forcément besoin des autres pour apprécier certains moments de la vie. C’est un luxe que beaucoup ne possèdent pas, parce que dans une société qui vit à 100 à l’heure, on ne nous l’a pas forcément appris. Il faudrait être en couple, avoir un très grand groupe d’ami.e.s, et avoir une vie sociale très active pour être heureux.se. Et si on apprenait enfin à appréhender la solitude, plutôt que de la subir, quand d’autres n’ont pas ce choix ? Mieux vivre la solitude, c’est aussi être en capacité d’apprécier encore plus les moments partagés à plusieurs.

Mélody : J’ai la chance d’être entourée. Que ce soit ma famille ou dans différents groupes d’amis, j’ai des gens vers qui me tourner. Mais, en réfléchissant à cette newsletter, j’ai réalisé que les moments où je m’étais sentie la plus seule étaient ceux où j’étais en présence d’autres personnes. L’incompréhension, la sensation d’être rejetée pour qui je suis, par les autres, c’est ce qui me fait ressentir la solitude. Passer mon confinement, physiquement seule avec moi-même, me convient pour l’instant. Après tout, c’est ce que devrait signifier rester à la maison : la possibilité d’être soi-même, sans craindre le regard des autres.

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Le tour du web


À regarder

Disconnected, d’Alice Aedy et Jack Harries

C’est un court-métrage aussi beau que révélateur du monde dans lequel nous vivons que nous dévoile le couple d’artistes britanniques formé par Alice Aedy et Jack Harries, que nous avons repéré lors d’une campagne Instagram mettant en avant des profils d’activistes - ils sont tous les deux en lutte pour la protection de l’environnement.

Disconnected, ne parle pas de la cause environnementale mais de la solitude. Un sujet fort au Royaume-Uni où le 17 janvier, Theresa May a nommé une ministre de la solitude en la personne de Tracey Couch. Selon les chiffres (relevé dans un article du monde à lire ici), “9 millions de Britanniques sur une population de 65,6 millions souffrent de solitude selon la Croix-Rouge et 200 000 personnes âgées affirment n’avoir parlé à aucun ami ou aucun proche dans le mois précédent.”

Pour ce film, où Aedy officie à la caméra, Jack Harries a pris le parti de proposer à de jeunes britanniques de laisser des messages sur un répondeur pour parler de leur solitude. Disconnected, c’est la preuve que la technologie ne nous a pas forcément rapproché.

Deux ans après le lancement de l’initiative britannique, 3 ministres se sont succédés et les chiffres continuent d’être alarmants.


À lire

Je ne reverrai plus le monde, Ahmet Altan.

Le titre en dit déjà beaucoup. C’est lors d’un évènement organisé par la Maison de la poésie que nous avons découvert le travail du journaliste et auteur Turc Ahmet Altan. Il est arrêté à l’âge de 69 ans, lors d’une vague d'arrestations massives frappant les milieux médiatiques et intellectuels.

Je ne reverrai jamais le monde, c’est l’assemblage de ses textes de prison. Un recueil poignant qui revient dans la vie d’un homme, ses souvenirs mais aussi sur le pouvoir de l’imagination, de la façon doit il rêve le monde libre.

On a repris la lecture du livre la première semaine de confinement suite aux nombreux messages reçus de personnes (sur Instagram ou par téléphone) qui demandaient : "ça va ?", "tu survis ?" ... L'intention est louable, mais on peut se demander s'il n'est pas exagéré de parler de survie alors qu'on est dans la tranquillité de nos intérieurs.

Il y a une douceur dans le verbe “confiner” que ne reflétera jamais le mot "prison". Nous avons la chance - pour la majorité d'entre nous - d'être chez nous, parfois entourés de ceux qui nous sont proches. L'anxiété est légitime, mais nous faisons partie des mieux lotis, de ceux.celles qui peuvent sortir pour faire des courses, passer des appels à nos proches quand nous en avons l'envie et même aller faire une petite balade sportive d’une heure dans nos quartiers respectifs.

"Maintenant je comprenais pourquoi les hommes avaient inventé ces horloges dont ils ornaient leurs rues, leurs places et leurs clochers. Non pas pour savoir l'heure qu'il est, mais pour scander le temps afin de s'en affranchir.  Et, coincé dans ce trou sans rêves et sans remous, sentant mes poumons exploser sous le poids de ce "temps-bloc" qui m'écrasait sous lui, j'ai compris, d'instinct plutôt que de raison, qu'il me fallait fabriquer un temps nouveau, inventer une horloge inédite".


À écouter - Le podcast Émotions

Un épisode sur notre thématique de la semaine avec le podcast Émotions. La journaliste Iris Ouedraogo décortique le sujet en interrogeant des personnes concernées et des spécialistes de la question. Une invitation à la réflexion à travers le voyage, les souvenirs, le célibat et la psychologie.


Humeur

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Qui sommes-nous ?

Mélody Thomas est journaliste sur le digital de Marie Claire où elle écrit sur la mode et la place que celle-ci occupe dans notre société. Elle collabore également à d’autres médias dont Please Magazine et Swipe Life, la plateforme de Tinder, sur des sujets lifestyle. Depuis 2019, elle anime également un cours de mode et actualités à l’IFM.


Jennifer Padjemi est journaliste indépendante pour diverses publications, et créatrice du podcast "Miroir Miroir". Ses sujets de prédilection vacillent entre la culture, la société et le lifestyle. Elle se passionne pour toutes les tendances/phénomènes émergents en France ou à l'international, avec un angle sociologique pour tenter de comprendre ce que cela dit de notre société.